Compte-rendu de mission sur les Guaranis
Bienvenue dans le village guarani de Koenju !!!
Hola amigos !
Nous allons vous raconter ici notre séjour chez les Guaranis. Vous êtes sans doute impatients de savoir comment s'est passée cette rencontre. Eh bien, nous ne l'imaginions pas ainsi, nous avons d'abord été un peu déçu puis nous avons compris qu'il était capital de vous faire partager ce sentiment étrange que nous avons eu pendant 5 jours.
P.S. : les compte-rendus de mission détaillés (réponses à vos questions) sur la dengue et sur les guaranis seront prêts mardi.
Présentation rapide du village
Le village de Koenju se trouve à 30 km de Sao Miguel das Missoes, dans l'état de Rio Grande Sul. 215 Guaranis l'habitent. A la tête de cette communauté, on trouve le chef, appelé "cacique". Il est élu par tous les habitants jusqu'à ce que ceux-ci jugent qu'il faille le changer. C'est le cacique qui prend toutes les décisions, des plus grandes aux plus petites et les villageois lui obéissent toujours. Le voici :
Nous n'avons pas de photo, mais on lui a même donné sa première leçon de conduite. Il était tout fier. La moitié du village était là pour le regarder !
Les villageois vivent dans des maisons en bois et en terre rouge. Le sol des maisons est en bois et en terre, ainsi il est possible de faire du feu. Dans toutes les maisons, tous les soirs, les Guaranis font un feu. Un bâtiment du village est très important, il s'appelle OPY en guarani : il s'agit d'une sorte d'église dans laquelle "les Blancs" (comme ils disent) ne peuvent pas entrer.
Les villageois font peu de culture et de chasse et pêchent accéssoirement (la riviére est polluée par les cultures de soja) et vivent surtout de leur artisanat et des vivres envoyées par la FUNAI.
Il y a une école dans le village. D'ailleurs, une institutrice guaranie, Patricia, nous a beaucoup informé sur son peuple, très timide.
L'école n'a que 6 mois et les enfants ne sont pas obligés d'y aller. D'ailleurs, ils n'y vont pas beaucoup. Il suffit de regarder la photo suivante en pleine journée : la classe est vide ! Les enfants préfèrent jouer dehors, aller à la rivière. Les guaranis ne sont pas habitués à l'école et les parents ne les forcent pas à y aller. On sent qu'il y a quelques lecteurs envieux, là... !!?!
Abandon et déchantement
Le village que nous avons rencontré est sans doute assez représentatif de la situation des indigènes aujourd'hui. Il existe peu de villages totalement retirés du monde. D'abord, le village est dans une réserve, de 236 ha, créée en 2000, suite à la demande très ancienne des Guaranis d'obtenir un lieu à eux, sur la terre de leurs ancêtres. Les habitants du village de Koenju semblent avoir abandonné une grande partie de la culture guaranie. Elle est toujours présente mais les bouteilles de Coca, les couches-culottes éparpillées dans l'herbe près des habitations, la quasi-absence de culture et l'attente des vivres apportées par la FUNAI marquent comme un abandon des villageois. Ils ont comme abandonné l'idée de faire vivre leur culture, autrement que par le folklore artisanal autour des ruines de Sao Miguel. L'Etat les a longtemps abandonnés, voire oubliés mais aujourd'hui ce sont eux qui semblent avoir abandonné. Leur retrait de la civilisation moderne se fait plus par rejet des Blancs que par volonté de construire un monde à eux. Ils ne veulent pas se mêler aux Blancs mais se rendent-ils comptent que leurs aspirations sont celles des Blancs ?
Petit zoom
Les déchets du village sont brûlés ou tout simplement jetés dans la nature. Ils souillent la terre et cela est en contradiction totale avec le caractère sacré que les Guaranis donnent à la terre, "la terre sans mal". Ils l'admettent. Mais ils préfèrent dire que c'est la faute des Blancs car ce sont les déchets de leur civilisation...
Voilà, nous avons passé un chouette moment dans ce village guarani. Mais nous avons été traversés par ce sentiment que nous venons de partager avec vous. Alors, attention, il s'agit bien du cas d'UN village. Mais c'est aussi UNE réalité.
François et Manuel
