dimanche 2 décembre 2007

A propos des Guaranis

Hola !

(excusez-nous, il n'y aura pas d'accents sur ce mails et surement les 2 prochains)

Nous venons de lire vos messages sur les Guaranis. Nous discutons ensemble, Manuel et moi, des questions que vous avez soulevees. Nous trouvons le debat suscite ici et la, dans les classes, passionnant. Nous voudrions ajouter quelques mots donc sur le village dans lequel nous avons sejourne, rectifier quelques idees et essayer de faire avancer le debat.

D'abord, nous etions a peu pres certains de provoquer de la deception chez vous. Parce que nous-memes avons ete decus. Mais decus de quoi ? De ne pas trouver ce a quoi nous nous attendions ? Alors, c'est plutot une bonne chose. Nous nous sommes beaucoup renseignes sur la condition actuelle des Guaranis et pas seulement, d'autres peuples aussi... Il faut savoir que tres peu d'indiens vivent retires du monde moderne. L'Europeen aime le folklore indigene, il aime le pittoresque, l'exotisme... Et pourtant, tristes tropiques ! Les Europeens ont bien detruit des cultures... Il y a 5 siecles, cela ne semblait pas les deranger... Pas plus aujourd'hui lorsqu'il s'agit d'acheter des hectares en Amerique du Sud pour planter ou creer des paturages (voir le cas de Benetton avec les Mapuche). On a l'impression que l'Europeen ne s'inquiete de la situation indigene qu'a partir du moment ou cela touche a ses reves, aux jolis contes du soir... Mais il ne peut etre surpris de ce qu'il provoque. Plutot que d'etre decus de ne pas rencontrer des indigenes avec des fleches empoisonnees, demandons-nous (nous, Manuel et moi, inclus bien sur) plutot pourquoi nous continuons a vehiculer toujours les memes images des indigenes en Europe ? Cela nous satisfait sans doute de penser que cela existe encore, mais ce n'est plus que marginal. Ajoutons au debat que les indigenes eux-memes trouvent beaucoup d'avantages dans la culture occidentale. D'ou une autre question : est-ce vraiment important de preserver une culture qui pourrait devenir une culture-musee alors meme que des indigenes semblent vouloir operer un melange avec la culture exterieure ?

Autre point. Au passage, merci a Elisabeth et aux enfants de Laugier pour leurs remarques. Nous avons introduit l'idee que les Guaranis du village de Koenju aient pu abandonner. Nous voudrions preciser. Nous avons ete frappe par l'attentisme des habitants, en possession pourtant de moyens financiers et d'un large espace. Nous avons voulu souligner le fait que l'on evoque toujours la responsabilite de l'Etat, des Europeens, qui ont detruit par la force la culture guaranie. Alors effectivement, on peut comprendre que les Guaranis se sentent depossedes. Mais ce qui nous a interpele c'est le clivage qu'il y a entre la volonte de s'isoler, de ne pas se meler aux Blancs au nom de leur culture et en meme temps l'incapacite a faire vivre cette culture au quotidien autrement qu'en vendant de petits arcs en bois pour les touristes de passage. Nous avons donc utilise le terme d'abandon pour signifier que la balle etait aussi dans le camp des peuples eux-memes et pas simplement dans celui de ceux (l'Etat, les touristes...) qui voudraient les faconner de telle ou telle maniere. Ils sont aussi, surtout, garants de leur propre situation.

Nous pensons que nous ne pouvons en aucune maniere etre decus, car l'anthropologie, l'ethnologie n'admettent pas la deception. Nous sommes heureux qu'il y ait autant de debat, car nous memes avons beaucoup discute. Nous avons rencontre les Tobas, nous allons vous en parler ensuite. Nous rencontrerons au Perou, peut-etre, des indigenes bien plus retires du monde.

Voila, il s'agit juste d'un temoignage, d'un village, d'une representation.

Francois et Manuel